Après l’inquiétude de 2017, l’incompréhension subsiste chez les pêcheurs français d’anguille

Alors que les pêcheurs français ont respecté les objectifs qui leur avaient été fixés par le plan de gestion, et malgré les mesures d’urgence décidées en décembre 2017 au niveau européen, la Commission Européenne envisage d’étendre à la civelle et aux pêcheurs fluviaux la fermeture de 3 mois consécutifs prévue aux autres stades de développement (entre le 1er septembre et le 31 janvier). Face à cette nouvelle tentative, le CNPMEM souhaite rappeler les raisons pour lesquelles il est inacceptable d’envisager de nouvelles contraintes sur la pêche française. Des professionnels engagés très fortement dans le plan de gestion Après 2017 et une volonté de fermer la pêche de l’anguille dans toute l’Europe qui s’était soldée par trois mois de fermeture pour l’anguille de plus de 12 cm entre le 1er septembre et le 31 janvier (hors Méditerranée) accompagnée par des déclarations et de engagements forts de la part des Etats Membres, la Commission rouvre ce dossier complexe et sensible. Cette initiative est incompréhensible car les mesures proposées pénalisent les pêcheurs professionnels français. En effet, alors que les leviers d’actions du Règlement Anguille visant la reconstitution du stock sont multiples (réduction de l’activité commerciale, limitation de la pêche récréative, repeuplement, aides au franchissement des rivières et d’améliorer les habitats, lutte contre les prédateurs, arrêt temporaire des centrales hydroélectriques…), seuls et de nouveau les pêcheurs sont visés alors qu’ils sont les acteurs incontournables du repeuplement de civelle et de relâchés d’anguille Alors qu’aucun bilan européen n’a encore été dressé et que la profession française a atteint les objectifs fixés et a réduit sa mortalité par pêche de plus de 60%, la Commission européenne n’a pas le temps d’attendre et veut imposer des mesures d’urgence. Aucun motif ne justifie de bouleverser ce calendrier surtout que des mesures d’urgence ont été prises en 2017 et que les Etats Membres se sont engagés en parallèle sur des mesures fortes. De surcroît, sans bilan, il est impossible d’identifier les acteurs socioéconomiques qui ont répondu à leurs engagements. En conséquence, le CNPMEM demande que ce bilan permette de : Comparer les objectifs fixés par chaque Etat membre (dans le cadre de leur plan de gestion respectif) pour i) réduire chaque facteur de mortalité et ii) mettre en œuvre chaque mesure de gestion listée dans le RCE n°1100/2007. Evaluer, pour chaque Etat membre et chaque mesure de gestion, le respect des engagements pris pour dans le cadre des plans de gestion. S’assurer que les mesures de repeuplement mises en œuvre soient réalisées à des fins de conservation de l’espèce Et, in fine, au-delà de l’atteinte de la cible d’échappement, dresser un bilan des moyens mis en œuvre pour réduire chaque facteur de mortalité pour atteindre cette cible.   Enfin, cette réduction de la période de pêche serait contreproductive car la profession fait davantage chaque année le constat que l’ensemble des restrictions qui lui ont été imposées ont permis le développement des filières parallèles et du braconnage, en particulier sur la civelle. La profession est un acteur crédible qui contribue à renforcer la traçabilité et le suivi de la pêche (contingent de licence, développement d’outils de télédéclaration, diffusion des listes de titulaires de la licence aux organismes de contrôle…). Photo : Repeuplement de civelles sur les zones favorables à la survie Un sacrifice des spécificités régionales au nom de l’uniformité Ces mesures sur l’anguille vont provoquer des tensions entre façades, entre régions et entre pêcheurs de stade biologique différents puisque touchés très différemment par cette proposition qui ne tient pas compte du cycle biologique particulier de l’espèce. Pour mémoire, en décembre 2017, l’Union Européenne a annoncé une fermeture de la pêche de l’anguille de plus de 12 cm pour 3 mois consécutifs entre le 1er septembre et le 31 janvier, hors méditerranée. Dès février 2018, au nom de l’équité entre façades et d’une volonté d’élargissement vers les pays hors UE, elle a porté un projet de recommandation similaire dans le cadre de la Commission Générale des Pêches pour la Méditerranée (CGPM). En octobre 2018, après moins d’un an d’échange et d’inquiétude pour les professionnels méditerranéens, la CGPM a adopté cette recommandation en incluant une fermeture pour tous les stades mais en en laissant plus de souplesse sur la période définie. En novembre 2018, par un souci d’équité, la Commission a utilisé cette différence et a proposé, sans tenir compte des efforts réalisés et des spécificités régionales d’appliquer la fermeture à la civelle et aux pêcheurs fluviaux tout en reconduisant les dates des mesures d’urgence valables pour l’Atlantique. Au nom de ce principe d’équité, les pêcheurs méditerranéens risquent de se voir proposer une fermeture entre le 1er septembre et le 31 janvier dès l’année prochaine. Pour la profession, cette façon de procéder amène lassitude, incompréhension et colère sur le terrain.   Une mesure inefficace pour l’espèce et destructrice pour les pêcheurs estuariens et fluviaux Avec sa volonté unilatérale et sans véritable concertation de protéger l’anguille, la CE propose concrètement, entre autres, de mettre un terme au partenariat emblématique pêcheurs/chercheurs pour évaluer l’échappement et la production en anguille argentée sur la Loire. Ce partenariat existant depuis 2001 permet pourtant d’aboutir à une série de données uniques au niveau européen. La demande aux pêcheurs civeliers de l’Adour et de Gironde d’arrêter leur activité au moment où leurs captures sont le mieux valorisées prouve sa déconnexion des impératifs économiques. Sur les trois dernières campagnes de pêche, les captures représentaient entre 0.6% et 3% du quota de capture pour un prix maximal constaté sur la campagne selon les données recueilles par FranceAgriMer. A cette période ces navires de pêche de moins de 10m travaillant dans l’estuaire n’ont pas de possibilité de report sur d’autres espèces et ces restrictions seront destructrices pour leurs entreprises qui réalisent une part importante de leur chiffre d’affaires à cette période.   En conséquence, tant qu’un bilan européen sur les plans de gestion nationaux ne sera pas dressé, le CNPMEM refusera  d’envisager la moindre restriction supplémentaire sur la pêche professionnelle. Il est indispensable de mettre à plat les objectifs fixés par chaque Etat Membre et le niveau d’atteinte de ces objectifs par chaque acteur socioéconomique. Les professionnels ne peuvent payer le prix du manque d’investissement pour réduire les autres facteurs de mortalité. Enfin, dans la mesure où toute interdiction génère ipso facto des réseaux clandestins, la fermeture d’une pêche légale parfaitement encadrée et inscrite au titre d’un développement durable favorisera une pêche illégale préjudiciablble à la survie de l’espèce. C’est d’ailleurs dans le cadre de cette lutte contre la pêche illégale que le CNPMEM, à côté des comités régionaux, se porte systématiquement partie civile contre les fraudeurs.

Anguille : la Commission européenne cède à son démon de l’interdiction !

Anguille : la Commission européenne cède à son démon de l’interdiction !   A deux semaines du Conseil des Ministres décidant des possibilités de pêche pour l’année 2019, la Commission européenne, par l’intermédiaire d’une note sur l’anguille, revient à la charge sur ce dossier sensible et difficile en stigmatisant les pêcheurs estuariens et fluviaux.