Peut-on pêcher durablement du poisson en période de reproduction ?

Vrai


Cette question se pose régulièrement au gré de la médiatisation de la pêche de certaines espèces comme le bar, le thon rouge, l’anguille. Si cette question revient c’est que la plupart d’entre nous avons une vision et des références « terrestres » de la fonction de reproduction. Hors, les poissons ne se reproduisent pas comme la plupart des animaux de notre quotidien. Il n'y a pas de période de gestation et n’y a pas de comportement de soin ni de protection des juvéniles. Les scientifiques expliquent, par contre, que pour assurer le renouvellement d’une population de poissons, plusieurs conditions sont nécessaires : une quantité minimale de reproducteurs présente au moment de la reproduction, la fécondation effective des œufs, la survie suffisante des œufs et des larves. Pour la plupart des espèces de poissons, les stratégies développées pour maximiser ces critères sont le regroupement en un lieu précis et à une saison particulière, mais aussi par une production de gamètes très importantes par individu. En effet, le développement des œufs et larves est fortement assujetti aux conditions environnementales (hydro-climatiques et trophiques). Ainsi, le nombre de jeunes poissons qui rejoindront la pêcherie est-il moins dépendant du nombre d’œufs émis que des conditions météorologiques ou océanographiques (température, salinité, vent, courant) et de la disponibilité en nourriture (qui diminue quand le nombre de larves augmente) au moment de la reproduction et du développement des larves. Le maintien de la capacité reproductrice d’une population est indispensable à son renouvellement. L’exploitation d’un stock de poissons doit donc à la fois laisser un nombre suffisant de juvéniles atteindre la maturité sexuelle et préserver une contribution substantielle des vieilles femelles à la reproduction. La pêche au moment de la période de reproduction est possible, à condition que les prélèvements demeurent compatibles avec le maintien d’une quantité suffisante de reproducteurs. Et c’est justement l’un des indicateurs évalués et suivis par les scientifiques pour émettre leurs recommandations de gestion sur les stocks de poissons. Le repos biologique n'est pas l'unique outil à la bonne gestion d’un stock mais il doit s’appréhender dans un contexte plus large de la gestion d’un stock. En conséquence, un stock peut être paradoxalement exploité de manière viable même si une partie en est prélevée au moment de la reproduction. Pour en savoir plus, vous pouvez consulter la page d’Ifremer dédiée à ce sujet et sur lequel cet article s’appuie.

Le poisson d’élevage est plus gras que le poisson sauvage

Faux


L’étude Nutraqua a montré que c’est l’espèce, et non la provenance (pêche ou pisciculture) qui détermine la composition nutritionnelle des produits aquatiques. C’est pourquoi les poissons d'aquaculture ne sont pas toujours plus gras que les poissons de pêche, contrairement à une idée reçue. Par ailleurs, ils sont, comme leurs semblables issus de la pêche, sources d’éléments nutritionnels particulièrement intéressants, comme les acides gras polyinsaturés à longue chaîne oméga 3 et certains minéraux. De ce point de vue, ils répondent parfaitement aux recommandations du Programme National Nutrition Santé.  

L’aquaculture pollue les mers

Faux


Le poisson, comme tous les organismes d'aquaculture, requiert une excellente qualité d'eau pour se développer. Si celle-ci était polluée, l'élevage ne pourrait exister. Le pisciculteur est à la fois acteur et dépendant de son milieu. Il doit assurer une vigilance permanente de la qualité de l’eau pour préserver la bonne croissance et la santé des poissons. Chaque éleveur est donc très attentif à préserver son environnement et effectue un suivi de la qualité du milieu d’élevage. De fait, les fermes marines forment des écosystèmes riches et diversifiés.

En 2048, il n’y aura plus de poisson dans les océans

Faux


En 2048, plus de poisson ? Et en l'an 2000, la fin du monde  ? Il faut se méfier de certaines interprétations tirées de publications scientifiques, certains n'en retiennent que l'aspect spectaculaire, pour mieux servir leurs intérêts. Ainsi, la date 2048 provient d'une publication de Boris Worm parue en 2006, dans la revue scientifique reconnue, Science. Boris Worm et son équipe y abordaient l’impact de la perte de biodiversité sur les services écosystémiques des océans. De toute la publication, c'est un graphique, illustrant l’effondrement des stocks commerciaux en 2048 si on se basait sur les tendances actuelles de l'accélération de la perte de biodiversité, qui a retenu l'attention de certains journalistes. Ils n'ont pas mis en perspective ce graphique par rapport au reste de l'étude et en ont fait un résumé simpliste : « en 2048, il n’y aura plus de poisson ».

Il n’y a plus de thon rouge en Méditerranée

Faux


en 2009, WWF prévoyait l'extinction du thon rouge de Méditerranée et d'Atlantique Est en 2012. Voilà la situation de la ressource évaluée par les scientifiques en 2012 :   figures : recrutement et biomasse du stock reproducteurs de thon rouge de l'Atlantique de l'Est et de Méditerranée - SCRS 2012. Le graphique de droite indique que la biomasse de reproducteurs (la quantité d'adulte dans l'eau) aurait triplé entre 2005 et 2012. Donc NON, le thon rouge n'est pas en voie d'extinction et OUI vous pouvez en manger !   Pour en savoir plus : Le dossier du mois de juin, à la page suivante.