Les modes d’élevage en France

Comment naissent et grandissent les poissons marins d’aquaculture ?

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Chaque  espèce de poisson ne peut être élevée qu’à partir du moment où l’on maîtrise la reproduction et l’élevage des jeunes alevins en grande quantité. Ainsi, par exemple, pour le bar, la daurade, le maigre, la sole et le turbot, les parents sont élevés toute l’année dans de grands bassins de plusieurs dizaines de mètres cubes. Lorsque les conditions de température et de lumière deviennent propices, ils entrent en maturation sexuelle et se reproduisent. Les œufs fécondés par le mâle dès leur expulsion de la femelle sont éparpillés et récoltés dans un incubateur situé après la sortie de l’eau du bassin. Ils mettront environ 2 jours à éclore pour donner une minuscule larve qu’il faudra absolument  nourrir avant la première semaine car ses réserves énergétiques sont très réduites. A cette taille, elle n’accepte que du petit zooplancton (rotifère et artémia) qu’il faut donc cultiver à part dans l’écloserie et distribuer fréquemment.

Les larves adoptent progressivement la forme et le comportement d’un petit poisson. Aux alentours d’un mois elles sont alors sevrées sur un aliment inerte qui contient tous les nutriments nécessaires à leur croissance et à leur santé. Les alevins sont régulièrement triés et seuls les plus petits passent à travers des bacs munis de fentes dont l’espacement est calibré. Ils sont ainsi périodiquement répartis dans les nombreux bassins de l’écloserie. Ils sont ensuite vaccinés  à 1 ou 2 grammes, soit 2 à 3 mois après leur naissance, contre certaines maladies d’origine bactérienne auxquelles ils risquent d’être exposés par la suite. La première vaccination consiste à immerger les alevins durant une minute dans un bac d’eau de mer additionné du vaccin.

Vers 2-3 grammes, les alevins sont chargées dans des cuves oxygénées, transportés par camion et parfois bateau jusqu’aux fermes aquacoles puis déversés directement dans les bassins ou dans les cages en mer. Une ferme de taille modeste a besoin d’environ 300 000 alevins chaque année pour produire une centaine de tonne de poissons par an, vendus à la taille d’une portion individuelle après deux années d’élevage.

Une cage en mer est généralement constituée d’un tube souple flottant qui entoure et soutient un filet lesté. Ce dernier est régulièrement changé et nettoyé des algues qui le colonisent et ses mailles sont adaptées à la taille du poisson. Leur volume varie selon la taille du poisson et de l’exploitation, depuis celui d’une pièce jusqu’à celui d’une grande maison. Dans de grands élevages, de saumon en Norvège par exemple, les cages peuvent occuper le volume d’un immeuble moyen. En France, si l’on mettait côte à côte toutes les cages des fermes marines, on couvrirait un hectare, surface dérisoire sur m’immensité de notre littoral marin.

Un élevage pas comme les autres, les particularités de l’aquaculture

Depuis plus de 10 000 ans, pour s’émanciper des contraintes et des incertitudes de la chasse et assurer sa subsistance, l’homme a domestiqué des animaux qui habitent tous sur la terre et sont capables de se reproduire et d’être élevés dans un espace clos, voire réduit. En France, l’élevage des poissons a réellement pris son essor depuis un siècle pour les poissons d’eau douce et seulement 30 ans pour les poissons marins. Ceci est probablement dû au fait que les techniques et le milieu étaient jusque-là mal connus. De plus, le poisson est le seul vertébré d’élevage qui vit, mange, respire, se reproduit mais aussi… urine et rejette ses déjections… dans le même milieu. Ainsi toute détérioration de la qualité de l’eau dans lequel il baigne est incompatible avec sa propre survie. Il est sa propre sentinelle et le pisciculteur apportera évidemment beaucoup de soin à sauvegarder ce milieu aquatique.

Une autre particularité : Les poissons élevés en Europe sont carnivores.
Les animaux d’élevage terrestre sont quant à eux herbivores ou omnivores. Ceci est dû au fait que les poissons les plus appréciés par le consommateur et donc à plus haute valeur commerciale sont carnivores : le bar, la daurade, le turbot, la sole sont généralement plus prisés que le mulet ou même la sardine. Il va donc falloir leur donner à manger du poisson ou du moins la ration de farine et d’huile de poisson, produits d’origine marine, qui suffira à combler leurs besoins nutritionnels. De plus, le poisson est à la température de l’eau et subit son effet. Son appétit et sa croissance dépendront donc beaucoup des conditions météorologiques, de la qualité et de la température de l’eau. Il faudra ajuster en permanence, parfois d’un jour sur l’autre, la quantité d’aliment distribuée à chaque lot, par exemple la réduire si les températures diminuent.

Les équipes françaises de recherche en alimentation des poissons sont parmi les meilleures au monde. Ainsi grâce à une meilleure compréhension de ses besoins, la proportion de produits d’origine marine dans l’aliment des truites a été divisée par 3 ces 20 dernières années et les recherches se poursuivent pour continuer à minimiser cette part d’ingrédients marins chez toutes les espèces élevées. L’aliment pour poisson marin se compose actuellement d’environ un tiers de produits d’origine marine et deux tiers de produits d’origine végétale mixés et agglomérés sous forme de granulés secs adaptés à l’espèce et la taille du poisson.

Voir aussi

Comité interprofessionnel des produits d’aquaculture (CIPA)

Mis à jour le 18 décembre 2014