BARGIP : Gestion Intégrée des Populations de Bar

Le bar commun (Dicentrarchus labrax) est aujourd’hui une des espèces les plus importantes du point de vue économique pour la pêche professionnelle française (5000 tonnes pour 45-50 millions d’euros par an en première vente) et la première espèce cible de la pêche de loisir (environ 3000 tonnes par an).

Sa pêche est encore très peu encadrée aux niveaux européen et français, mais des réflexions sont en cours au sein de la Commission européenne et des Etats membres afin de proposer des mesures de gestion car les dernières évaluations scientifiques du CIEM (Conseil International pour l’Exploration de la Mer ; commission regroupant des scientifiques halieutes des Etats membres, en charge d’évaluer l’état des stocks de poissons et de fournir des avis de gestion à la Commission européenne) font état d’un début de surexploitation dans certains secteurs de l’Atlantique du Nord Est.

Le CIEM relève également dans ses dernières conclusions le manque de connaissances scientifiques pour pouvoir gérer au mieux cette espèce (classée en « DLS » pour Data Limited Species, c’est-à-dire en « espèce à données limitées »), et recommande un renforcement des suivis et études scientifiques au sein des États membres.

De ce fait, à la demande de la DPMA (Direction des Pêches Maritimes et de l’Aquaculture du Ministère en charge de l’Écologie) et en étroite relation avec la commission bar du CNPMEM, l’Ifremer a entamé une réflexion visant à hiérarchiser les priorités de recherche sur les 4-5 années à venir de façon à ce que des mesures de gestion pertinentes, et reposant sur des données scientifiques fiables, puissent être définies, au niveau national, mais aussi européen via les groupes de travail du CIEM.

Cette réflexion a permis d’identifier 5 actions prioritaires :

  • action  “marquage d’adultes”  : répondre à la question de l’existence d’un seul ou de plusieurs stocks de bar en Atlantique du Nord Est, ainsi que l’identification des grandes voies migratoires entre les zones d’engraissement côtières et les frayères du large, peut passer par la réalisation de marquages d’adultes à grande échelle.

Cette action prévoit que 1200 bars adultes, capturés en 8 sites des 3 façades françaises de l’Atlantique du Nord Est, seront équipés de marques enregistreuses en 2014 et 2015 dans le cadre d’opérations à la mer qui seront réalisés à bord de navires professionnels affrétés par le CNPMEM.

 

  • action “données halieutiques professionnelles” : Acquérir certaines des connaissances qui font défaut pour produire les propositions de gestion les plus pertinentes possibles et contribuer à la sortie de l’espèce bar de la liste des espèces dites « DLS » au niveau européen.
  • action “nourricerie” : obtenir des indices d’abondance de juvéniles pour alimenter les modèles d’évaluation de stocks. Ces indices d’abondance sont primordiaux car ils permettent de prédire l’importance des recrutements à venir, c’est-à-dire le nombre de jeunes individus qui entreront au sein du stock exploitable dans les années futures. Cette action a pour objectif, en travaillant sur les deux zones pilotes que constitueront la rade de Brest et la baie de Douarnenez, de mettre au point entre 2014 et 2016 un protocole permettant de produire des indices annuels d’abondance en juvéniles de bar. A partir de 2017, l’identification des principales nourriceries de l’espèce le long des côtes de l’Atlantique du Nord Est pourra être envisagée, et le suivi pérenne d’une à deux nourriceries majeures par façade pourrait ensuite être initié afin de nourrir les modèles de stocks du CIEM.
  • action “pêche de loisir” : Les premières études réalisées en France sur la pêche de loisir (surtout depuis les années 2000) ont permis de montrer l’importance de cette activité, tant en ce qui concerne le nombre de pratiquants (de l’ordre de 1.3 millions de pêcheurs de poissons), que des captures réalisées, notamment de bar, cible principale du pêcheur de loisir français (de l’ordre de 3000 tonnes par an). Cette action est menée dans le cadre de la « Data collection Framework » (DCF) de l’Union européenne qui oblige dorénavant les États membres à suivre l’activité de pêche de loisir.
  • action “savoirs professionnels” : Les pêcheurs professionnels détiennent nombre de connaissances sur les milieux et les espèces qu’ils exploitent, connaissances qui méritent d’être récoltées et utilisées par les scientifiques. Ils savent en effet très souvent positionner les zones de frayères, de nourriceries ou d’engraissement sur les côtes où ils travaillent, et connaissent même parfois les grandes voies de migration de certaines espèces, ou, à tout le moins, savent où trouver le poisson à différentes époques de l’année. Ces connaissances, individuelles et éparses, ne sont jusqu’à présent que très rarement collectées et exploitées par les scientifiques. L’objectif de cette action « savoirs professionnels », qui vient d’être menée par le CNPMEM, a été de récolter, via un questionnaire, les connaissances empiriques acquises sur le bar à différents stades de sa vie par un échantillon de pêcheurs professionnels, pratiquant les différents métiers qui permettent de capturer cette espèce, tout au long des façades Atlantique/Manche/Mer du Nord.

Les 3 premières de ces 5 actions constituent le projet Bargip dont l’objet est de produire de nouvelles données et connaissances nécessaires à la mise en place d’une Gestion Intégrée des Populations de Bar commun en Atlantique du Nord Est.

L’Ifremer en assure la maîtrise d’ouvrage, et le CNPMEM l’assistance à maîtrise d’ouvrage. Ce projet est financé par la DPMA (Direction des Pêches Maritimes et de l’Aquaculture) du Ministère en charge de l’Écologie (MEDDE), par France Filière Pêche (FFP) et par l’Ifremer.

Pour en savoir plus : voir le site internet dédié au projet BARGIP

Mis à jour le 7 janvier 2015