Les pêcheurs français mobilisés pour éviter les captures accidentelles de dauphins communs

Les pêcheurs français du golfe de Gascogne constatent au quotidien une augmentation de la présence de cétacés sur les zones de pêche qu’ils fréquentent, sans qu’il soit pour l’instant possible de savoir si elle résulte d’un changement de distribution ou d’une augmentation de la population (évaluée à 635 000 individus lors de la dernière estimation). Les dauphins communs et les bars et merlus recherchés par les pêcheries concernées se nourrissant des mêmes proies, il en résulte au début de chaque année une interaction spatiale entre les engins de pêche et les dauphins communs. Face à cette situation, les pêcheurs agissent.

Pour comprendre le phénomène des captures accidentelles et connaitre l’action des professionnels, visionnez ce petit film réalisé par France Filière Pêche.

Un phénomène observé de longue date et des solutions identifiées… mais non commercialisées

Dès 2002, les pêcheurs sensibilisés aux captures accidentelles de dauphins communs se sont rapprochés de l’observatoire Pelagis (à l’époque Centre de Recherche sur les Mammifères Marins) qui répertorie les échouages de dauphins communs sur les côtes françaises depuis les années 70.

Ce phénomène a fait l’objet de plusieurs projets européens (PETRACET, NECESSITY) et professionnels (NECECETPRO1, PROCET1, PROCET2) menés entre 2004 et 2009 en partenariat avec l’IFREMER et l’Observatoire Pélagis. La solution d’appareils acoustiques répulsifs (Pingers) apparait comme la plus efficace pour les chalutiers pélagiques. Le CETASAVER est ainsi développé et expérimenté par les partenaires de ces projets entre 2004 et 2009. Malgré les expérimentations prometteuses, le dispositif n’a, en l’absence de partenaires industriels, jamais été commercialisé. Les pêcheurs ont été les premiers impactés par cette absence de déploiement du programme, car ils n’ont jamais pu bénéficier des pingers.

 

 

Le développement du projet PIC

Compte tenu des pics d’échouages observés lors de l’hiver 2016-2017 et des évolutions technologiques de ces dernières années, les professionnels, accompagnés par l’organisation de producteurs Les Pêcheurs de Bretagne, ont décidé de chercher de nouvelles solutions. Dans ce cadre, le projet PIC a permis de novembre 2017 à janvier 2019, en partenariat avec l’Ifremer et l’Observatoire Pélagis et avec le soutien financier de France Filière Pêche, de relancer la dynamique de recherche et d’aboutir à des solutions pratiques et opérationnelles sur ce sujet afin de limiter les captures accidentelles de cétacés dans les pêcheries du golfe de Gascogne. Le travail s’est articulé autour de 2 actions :

  • un état des lieux bibliographique et une réflexion sur la méthodologie et
  • des tests expérimentaux en conditions réelles à bord des navires de pêche.

Entre février et avril 2018, trois paires de chalutiers ont ainsi mis en œuvre un protocole de test scientifique défini par les partenaires du projet, sur l’intégralité de leur saison de pêche au chalut pélagique. Equipés de pingers, ils ont réalisé plus de 220 opérations de pêche dans le Golfe de Gascogne. Les résultats de ces expérimentations indiquent une diminution significative des captures accidentelles par les chaluts pélagiques en bœuf avec l’utilisation des pingers, de l’ordre de 65 %.

Regardez ce petit film réalisé par Les Pêcheurs de Bretagne pour tout savoir en deux minutes, ou téléchargez le rapport final du projet PIC.

 

2018-2019 : Mise en place de mesures concrètes pour les chalutiers pélagiques et projet LICADO

Sur la base de ces premiers résultats très encourageants et suite à la volonté des pêcheurs concernés, les mesures suivantes ont été mises en œuvre du 1er décembre 2018 au 30 avril 2019 pour les chalutiers pélagiques en bœuf travaillant sur la façade Atlantique :

  1. Equipement des navires en répulsifs « pingers DDD »,
  2. Amélioration de la connaissance scientifique par le marquage de carcasses afin de mieux comprendre la relation entre captures accidentelles et les observations d’échouages,
  3. Augmentation très significative de la présence d’observateurs à bord pour améliorer la connaissance des interactions entre les activités de pêche et les dauphins, caractériser et objectiver le phénomène de captures accidentelles.

 

L’observation embarquée, qui a atteint près de 30 % des marées au chalutage pélagique observées lors de cet hiver, a permis de confirmer l’efficacité de ces pingers et la contribution limitée des chalutiers pélagiques au phénomène des captures accidentelles (moins de 4 % des captures estimées). Cependant, les échouages recensés entre janvier et mars 2019 ont conforté l’hypothèse que d’autres flottilles génèrent des captures accidentelles. Les professionnels français ont donc travaillé avec les scientifiques pour identifier les métiers responsables de ces interactions et trouver les solutions technologiques pertinentes et adaptées.

Dans cette optique, et en parallèle des actions concrètes et opérationnelles mises en œuvre, professionnels et scientifiques ont mené dès 2019 le projet LICADO. Porté par le CNPMEM et financé par le Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche et France Filière Pêche, il concerne les métiers du chalut pélagique et du filet. Il a pour objectif de développer différents systèmes technologiques visant à limiter les captures accidentelles de dauphins communs. Pour la flottille des chalutiers pélagiques, LICADO vise à perfectionner les répulsifs acoustiques ou pingers afin de les rendre encore plus efficaces, avec des nouvelles fonctions, notamment l’interactivité des pingers (qui ne se déclenchent qu’en présence de dauphins, grâce à un hydrophone qui détecte leurs cris) ou le caractère directionnel de l’émission du signal (afin de limiter la pollution sonore). Pour les filets, trois solutions innovantes sont testées : des pingers lors de la phase de filage (mise à l’eau du filet), des pingers sur les filets calés, en action de pêche, et des réflecteurs acoustiques (passifs), dans l’objectif de « signaler » les filets aux dauphins, dans l’hypothèse que ceux-ci sont capturés accidentellement car ils ne les détectent pas. Le projet LICADO comporte aussi une réflexion sur les pratiques et stratégies d’évitement et une étude de faisabilité de mesures de gestion innovantes. Toutes les informations sont disponibles sur cette page.

Les partenaires du projet LICADO sont le CNPMEM, l’Ifremer, l’observatoire PELAGIS, OCTech, l’AGLIA, Les Pêcheurs de Bretagne.

Communiqué de presse janvier 2019

Reportage “l’info du Vrai” du 3 mai 2019 consacré aux captures accidentelles de dauphins

Guide d’aide à la déclaration des captures accidentelles et à la reconnaissance des mammifères marins

 

Hiver 2019-2020 : Extension des actions aux autres flottilles et projet ObsenPêche

Au 1er janvier 2020, fort des bons résultats obtenus par l’équipement en pingers des chalutiers pélagiques, le Ministère de la pêche rend obligatoire le dispositif.

L’analyse des données disponibles par l’Observatoire Pelagis permet d’identifier certaines flottilles pouvant être à l’origine de captures accidentelles : les fileyeurs français, ainsi que les chalutiers à grande ouverture verticale espagnols, sans qu’il soit possible de quantifier la responsabilité de ces flottilles.

Plusieurs mesures d’acquisition de connaissances sont ainsi mises en place à l’hiver 2019/2020 :

  • le Gouvernement décide d’étendre le renforcement de l’observation embarquée aux fileyeurs, au-delà de la déclaration obligatoire des captures accidentelles, en vigueur depuis 2019,
  • pour compléter les programmes initiés en 2004, des carcasses sont marquées par les professionnels dans le but d’aider à estimer le nombre de captures accidentelles à partir du nombre d’échouages et d’affiner les modèles dits de « dérive inverse ».

Pour la flottille des fileyeurs français, la mise en œuvre de solutions pertinentes de réduction des captures accidentelles se heurte à la mauvaise connaissance de la nature exacte et des circonstances des interactions, malgré le travail conjoint des scientifiques et des professionnels. L’une des priorités est donc d’améliorer la connaissance autour de ce phénomène de captures accidentelles. Outre les incertitudes concernant l’abondance totale de dauphins communs et le nombre réel de captures accidentelles, de nombreuses questions restent à élucider, notamment sur la nature de l’interaction entre les filets de pêche et le dauphin commun et les circonstances de la capture. Dans cet objectif, des outils innovants doivent être élaborés afin de mieux comprendre ce phénomène, mettre en place des solutions techniques adaptées et aller in fine vers la réduction des captures accidentelles.

Dans ce contexte, le CNPMEM, en partenariat avec l’Office Français de la Biodiversité (OFB) et le Groupe d’Etudes des Cétacés du Cotentin (GECC), a lancé le projet expérimental ObsenPêche, dont l’animation a été financée par France Filière Pêche. Ce projet a permis à une vingtaine de navires d’expérimenter pendant l’hiver 2020 une application smartphone dédiée à la déclaration de présence et de captures accidentelles de mammifères marins (application ObsenMer). Cette application permet le recueil de nombreuses informations complémentaires, non prévues dans la déclaration obligatoire, afin de mieux comprendre les circonstances des interactions, et par ailleurs de faire participer les professionnels à l’acquisition de connaissances sur la population de dauphins communs. Pour plus d’informations, visitez la page du projet ObsenPêche.

ObsenPêche

Communiqué de presse janvier 2020

 

2020 : une année intense d’un point de vue scientifique

Demandé par la Commission européenne suite à la saisine de plusieurs ONG, l’avis du Conseil International pour l’Exploration de la Mer (CIEM) rendu le 26 mai 2020 était très attendu par la profession.

Si cet avis reconnait que toute limitation d’une activité anthropique conduit à une réduction de son interaction avec l’environnement, il précise et objective la situation actuelle. Il convient en particulier de noter que les estimations de captures accidentelles de dauphins communs pour la période étudiée (2016-2018) sont inférieures au seuil du bon état écologique défini par la France dans le cadre de la Directive-cadre « stratégie pour le milieu marin » (1 % par rapport à la meilleure estimation disponible de la population). L’avis du CIEM met ainsi en avant l’absence de danger immédiat pour les populations de dauphins communs à l’échelle de l’Atlantique Nord-Est, d’autant plus que celle-ci ne présente pas de signe de déclin.

Les marquages des carcasses par les professionnels, dont le nombre a augmenté lors des dernières campagnes, a également permis à l’Observatoire Pelagis d’affiner un paramètre très sensible du modèle d’estimation du nombre de captures accidentelles à partir des données d’échouages, le paramètre de flottabilité des carcasses, et a conduit à diminuer de 25 % les estimations du nombre de captures accidentelles à partir de ces données d’échouages (présenté lors du groupe de travail national de juillet 2020). Ainsi, alors que le chiffre de 11 300 captures accidentelles pour 2019 circulait largement, les estimations tournent actuellement autour 8500 captures pour cette même année. Ainsi, même si ce chiffre reste trop élevé, il convient de garder en mémoire que ces estimations restent à consolider.

Consciente du problème sociétal que pose ce phénomène, et afin de poursuivre les actions engagées, la profession française s’est engagée sur un nouveau plan d’action pour l’hiver 2020/2021, qui doit permettre de :

  • continuer à respecter les engagements de conservation pris au niveau français (mortalité par capture accidentelle inférieure à 1 % de la meilleure estimation de la population),
  • diminuer concrètement les captures accidentelles par la généralisation des pingers par les flottilles chalutières françaises et espagnoles (notamment par le biais de contacts rapprochés avec les représentants des flottilles espagnoles pour les inciter à utiliser ces dispositifs ayant prouvé leur efficacité),
  • mettre en œuvre différentes actions permettant à court et moyen termes de diminuer de manière opérationnelle les interactions entre les cétacés et les activités de pêche, parmi lesquelles : engagement des professionnels à embarquer tous les observateurs mis à disposition par l’administration française, soutien à l’application de l’obligation déclarative, reconduction des actions ayant été mis à mal par le confinement du printemps 2020 (projet ObsenPêche, tests LICADO, …).

Conformément au souhait de la Ministre de la mer, les professionnels sont enfin pleinement impliqués dans le projet d’expérimentation du suivi des captures accidentelles par caméras embarquées, qui a débuté en janvier 2021.

Newsletter scientifique de France Filière Pêche