Entre moteur et houle : portrait d’un mécanicien à la pêche 

Témoignage de David, mécanicien à la pêche

Rencontre avec David, mécanicien embarqué et second à bord d’un fileyeur

Il ne s’est jamais rêvé derrière un bureau. David aime les moteurs, la mer et l’action. Mécanicien embarqué sur un fileyeur d’une vingtaine de mètres, il passe plusieurs semaines par mois en mer. Entre maintenance, secours techniques et responsabilités d’équipage, il incarne un métier discret mais central dans la filière. Une fonction indispensable, exigeante, et pleine d’avenir pour qui n’a pas peur des embruns… ni de la mécanique.

David est tombé dans la mécanique avant de monter sur un bateau. La mer, elle, est venue ensuite, presque naturellement. Son frère est pêcheur, et c’est en l’accompagnant qu’il découvre le rythme des marins. Sa première sortie n’a rien d’une carte postale : tempêtes, vagues, moteurs à pleine charge — la mer en version brute. « La première fois que je suis parti, raconte-t-il, c’était pendant la tempête de 2014. Ça ne m’a pas découragé. »

Depuis, il navigue. Chaluts, fileyeurs, moteurs diesel, périodes de chantier : il a appris en observant, en faisant, en se trompant parfois. Douze ans plus tard, il est mécanicien à bord d’un fileyeur et second du capitaine — un rôle hybride où l’on touche à tout, de la mécanique au commandement.

Une journée en mer : entre routine et imprévus

Contrairement à d’autres métiers, une “journée type” n’existe pas pour un mécanicien en mer. Le rythme dépend du bateau, des zones de pêche, de la météo et du matériel.

Sur son fileyeur, David embarque pour des marées de 7 à 10 jours où il doit assurer la veille technique tout en participant aux tâches avec le reste de l’équipage. 

L’entretien fait partie du quotidien :

  • Contrôle du moteur chaque matin
  • Vérification des niveaux d’huile et des pressions
  • Surveillance de la température
  • Réparations si nécessaire, en cas de panne.

Quand la mer est calme, il coupe le moteur, effectue des vidanges ou remplace des pièces avant qu’elles ne lâchent. Le gros moteur est révisé tous les mois, les moteurs auxiliaires tous les dix jours. « Sur un fileyeur, on reste tout le temps au ralenti, explique-t-il. La consommation est lente : 25 litres à l’heure, là où un chalutier peut monter à 70 litres à l’heure ». 

Et en cas de panne ? « La responsabilité numéro un, c’est justement de ne pas tomber en panne. » Mais malgré une vigilance constante, tout peut arriver, et rarement au bon moment : une pompe qui lâche, une batterie défectueuse, une prise de courant mal raccordée …

Un jour, à la sortie d’Espagne, l’équipage perd le refroidissement à cause d’une pompe stoppée trop longtemps. « Normalement ça n’aurait pas dû arriver. Mais quand on arrête un bateau pendant 15 jours, le sel attaque tout. » La mécanique en mer, c’est du pragmatique : la matière, la corrosion, la pression, l’urgence. Et quand on ne peut plus réparer soi-même ? Il faut savoir demander de l’aide, assumer la décision, et vite.

Des responsabilités qui dépassent le moteur

Le reste du temps, David participe aux manœuvres, à la remontée du matériel, au tri. Sur son bateau, il ne reste pas dans sa salle des machines : il est marin avant tout. 

En tant que mécanicien et second, David est un garant de la sécurité matérielle, un relais du capitaine et un maillon central de l’organisation.  Outre les moteurs, il surveille les équipements de sauvetage, la pharmacie de bord, les règles de sécurité en manœuvre.

Car même sur un bateau de taille moyenne, le mécanicien vit en équipe. Sur son unité, 8 marins : des Portugais, des Indonésiens, le capitaine… et lui. La communication est parfois un défi. On parle anglais, gestes et habitudes partagées.

Chacun connaît pourtant sa place. « Ça se passe super bien. Si j’ai besoin d’un coup de main, je demande. »

Avec des équipages internationaux, il faut s’adapter aux habitudes, aux cultures et aux attentes. La sécurité, elle, reste non négociable : la mer ne pardonne pas l’approximation.

Un métier exigeant… et plein d’avenir

Mécanicien n’est pas un poste figé : on peut comme David, cumuler les fonctions, et évoluer.  Après douze ans en mer, le marin retourne à l’école : il prépare son brevet de capitaine. « Ce n’est pas compliqué d’évoluer si on connaît bien son métier sur le pont. Le secret c’est l’expérience, la pratique : on ne sort pas de l’école pour prendre un bateau, il faut naviguer avant. » 

Être mécanicien apporte d’autres avantages : sur certains bateaux, une part supplémentaire de 0,25 à 0,50. Et surtout, une employabilité forte : tous les navires ont besoin d’un mécanicien qualifié.

Alors, pour un jeune qui hésite ? Sa recette pour s’épanouir dans cette carrière est simple : « S’il aime la mécanique, franchement, il peut y aller. Il faut s’accrocher, ne pas avoir peur du temps, être sérieux sur la sécurité. Le reste, ça s’apprend. »

Face aux exigences de durabilité et aux débats autour de la filière, David reste confiant :« Le métier aura toujours de l’avenir, si on ne fait pas n’importe quoi. Il faut que tout le monde soit au même niveau, et qu’on respecte les règles. » 

Le mécanicien est au cœur du bateau – et au cœur du futur de la pêche. Un métier exigeant, indispensable, qui s’apprend auprès des anciens, se perfectionne en mer et ouvre des portes si on sait se donner les moyens. 

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