Rêve de pêcheur : la relève avec Noan Treves

Alors que la filière pêche peine à attirer de nouvelles recrues, et que l’âge moyen des marins-pêcheurs atteignait 42 ans en 2024 selon le CNPMEM, certains jeunes répondent encore à l’appel du large. C’est le cas de Noan Treves, élève en baccalauréat professionnel au lycée maritime de Nantes, que nous avons rencontré.

Noan, le pied résolument marin

Noan a grandi aux Sables-d’Olonne, il aime le foot et la pêche. De ce second loisir, il veut faire son métier. A 16 ans, alors que beaucoup se questionnent sur leur orientation scolaire et professionnelle, il affirme sa voie avec certitude : il sera marin-pêcheur.

Le goût de la mer s’inscrit dans ses racines familiales : “Mon arrière-grand-père était marin- pêcheur. Mon grand-père a fait la marine nationale. Il était plongeur démineur. Quand il a pris sa retraite, il m’a emmené pêcher. On posait un filet, on voyait ce qu’on ramenait…. J’aimais bien. J’en ai parlé avec mes parents.”

Ses premières marées confirment son appétence pour l’océan et ses ressources. Il teste différentes techniques de pêche, affine son jugement. “Le filet, pas du tout pour moi. Le pélagique à la sardine et au thon ? Ça, m’a plu. Mais ce que je préfère, ce sont les chalutiers senneurs. Le travail me plaît beaucoup, le poisson est frais, il est beau.”

Tout en l’assurant de son soutient, sa mère l’a prévenu : c’est un métier difficile. Mais horaires nocturnes, longues journées de travail, marées de plusieurs jours ou semaines n’ébranlent pas sa motivation.

Noan Treves apprenti pêcheur au lycée maritime de Nantes

Entre théorie et pratique, une formation professionnalisante

Pour se former, Noan suit un baccalauréat professionnel au lycée maritime de Nantes. Intégré au réseau Horizon mer, il fait partie des 12 établissements français permettant d’apprendre les métiers de la pêche.

Alban Salmon, directeur de ce lycée nantais et président du réseau rappelle le rôle de ces lycées : “La classe de seconde est conçue comme une année de “détermination”, avec un programme varié pour découvrir toute une variété de professions. Ils approchent ainsi les techniques de pêche, mais aussi la mécanique, l’électricité, ou encore la navigation”.

En première puis en terminale, place à la spécialisation. Noan a choisi la voie de marin-pêcheur, au terme de laquelle il obtiendra le brevet de Capitaine 200, sésame international pour devenir patron d’un navire de pêche. Le lycée affiche d’ailleurs des taux de réussite remarquables : 90 % en 2024, 100 % l’année précédente. Certains poursuivent en BTS Pêche et gestion de l’environnement marin, mais « la majorité entre directement dans le monde du travail », précise le directeur.
Le programme concilie théorie et pratique : techniques de pêche, connaissance des fonds marins, traitement et valorisation des captures, sécurité sanitaire… Des bases indispensables, reconnaît Noan, même si son cœur reste au large. Chaque semaine, deux heures de ramendage[1] s’ajoutent à un stage annuel de plus en plus long.

Le jeune homme a effectué celui de seconde à bord d’un chalutier aux Sables-d’Olonne, d’où il est originaire. “On était au chalut la journée, et à la senne la nuit. On commençait vers 6-7h le matin et on finissait vers 21h. Des coups de chalut de 3h30, puis on triait, on nettoyait, on mettait en bac. Et tous les deux ou trois jours, on allait débarquer au port.”

Un bon souvenir, qui repose aussi sur les relations conviviales qu’entretiennent les membres de l’équipage : “L’ambiance était très bonne. Les matelots étaient vraiment sympas. Ils m’ont beaucoup appris ”. Le souvenir est fort. Si fort que Noan rempile l’été suivant pour un mois au thon sur le même navire, puis deux semaines en pélagique à la sardine, pour en découvrir un autre.

Son prochain défi l’attend : six semaines de stage en première, puis deux mois en terminale, en pleine saison hivernale.

Noan treves en cours de simulation de conduite d'un navire de pêche

Une projection optimiste


S’il pointe comme principal inconvénient la durée des marées, synonyme d’éloignement familial et de ses proches, il assume pleinement ce choix de vie. À l’inverse, il cite volontiers les atouts du métier, à commencer par une rémunération qui peut grimper lorsque la pêche est bonne.

Un paramètre non négligeable lorsqu’on entend, comme lui, construire sa carrière dans le métier. Et de cela, le lycéen a hâte. La vue dégagée sur un horizon qui s’étend à perte de vue, être éloigné du monde, l’ambiance familiale qui règne à bord, le départ et le retour au port. Aux considérations pragmatiques, s’ajoutent ces moments poétiques, qui constituent l’essence de sa passion qu’il entend vivre pleinement.


[1] Le ramendage désigne la réparation des filets de pêche.

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